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Paupières closes !Aveuglement

Paupières closes !Aveuglement/ Taoufik BELAYACHI

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Paupières closes !Aveuglement

Taoufik BELAYACHI

Ardument, le halo léger de la nuit arrive à se frayer un passage dedans la noirceur de la lucarne jouxtant le plafond.

Paupières closes, je devine sans peine    l’ampleur de l’horreur m’assiégeant.

Pourtant, Les pupilles saphir, de mon mentor occidental, arrivent à se frayer un passage au fond de mon être même.

Le fait est que trois jours plus tôt, je menais mon traintrain d’insignifiante existence douillette de petite personne un peu snobe sur les bords de l’avis de certains.  Que s’était-il donc passé ?

Le musée colonial d’histoire était sidérant. Une bâtisse moderne époustouflante où l’exotisme des reliques d’antan ressortait en contraste.

Je n’avais jamais vu antiquités aussi rustiques ; venant d’ères si immémoriales et de lieux ô combien éloignés ! Comme d’habitude dans pareilles circonstances, j’aurais pu flâner des jours entiers que je ne m’en serais guère aperçu. Découvrir l’Histoire dans un musée colonial moderne était ma passion, mon pêché mignon, mon petit secret coquin.

Plus, d’était ma possession, mon obsession ; je la vivais, curieusement linéairement et en vrac, continuellement depuis que mon éducation a été assurée par des écoles occidentaux.

Un professeur d’histoire, aux yeux de fakir, à l’aura magnétique et au discours subjugueur m’aborda.

Je vois que tu aimes ton Histoire telle que présentée par no musées. Viens donc que je te montre le visage de l’horreur.

Toujours paupière close, une face démoniaque d’abord évanescente, puis affreusement réelle, surgit de la léproserie des murs et s’avance vers moi. Ce qui me fait le plus peur ; ce ne sont point les dents sans rien d’humain, ni de bestial, mais plutôt de spectral. Non ce ne sont point non plus ces lèvres carnassières, gloutonnes et gluantes ; mais plutôt cette pestilentielle bave visqueuse, dégoulinant incessamment. C’est cette face même que le professeur-fakir m’avait montré.

Accompagnant ce fakir charmeur, je repoussais avec vergogne, un instinct qui me conseillait méfiance. Ses mots carillonnaient en glas :

– Tourne les talons, prends tes jambes à ton cou avant qu’il ne soit trop tard.

C’était ce qu’il fallait pour que je fonce tête baissée. J’avais toujours été un butor et un têtu incurable. J’éludais donc cette voix archaïque qui ne cherchait sûrement qu’à entraver mon cheminement vers la plénitude !

Nos pas nous menèrent vers une relique, qui était loin de me tromper par ses allures modernes qui auraient pu me tromper, si n’était le secours de musée occidental et du fakir envoûtant.

J’étais resté planté devant la relique au sein de ce musée-geôle, je ne sais combien de temps, à me laisser ensorceler par le rationalisme, la magnificence oratoire du professeur d’histoire. Je bus si bien ses paroles que tout se révéla à moi. Cet homme représentait une race qui avait découvert le chemin de la puissance de la justice et des droits. Si cette race nous avait colonisé et massacré, c’était pour nous débarrasser des carcans de notre religion, de notre passé. Le professeur me dit :

C’est la relique d’un roi vénéré par un peuple pygmée. C’est une divinité du mal qui réduit ses adeptes à la servitude par une écriture baveuse maléfique instillée lors de morsures rituelles, et ce en se déclarant leur Créateur.

Cet occidental refusait de croire en autre chose qu’en sa supériorité, en le fait que si cette Terre tournait, c’était parce qu’il daignait le lui permettre. Il m’expliqua comment sa culture était l’Omnipotente, la Toute puissante que rien ni personne ne pouvait lui résister. Il m’expliqua tout et si bien que je sus tout, que l’antique relique et ses pygmées avaient cessé d’appartenir à mon monde, et qu’à présent j’étais un initié, un affranchi, l’égal des seigneurs occidentaux, car leur savoir et leurs croyances étaient devenus miens.

A cet instant, il me recommanda ceci :

A présent, tu es un éclairé. Ferme les yeux, ne te retourne vers ton passé que pour le tenir en abjection. Ne décille plus les paupières, qu’elles restent à jamais closes, sinon tu retomberas inexorablement dans la rétrogradation.

Tout d’un coup, la face de la relique, l’aspect nains des pygmées l’adorant se sont mués en monstres hideux, terrifiants qui me tisonnaient le regard.

Je m’empressais de clore mes paupières, résolu à ne plus les ouvrir que dans le musée colonial d’Histoire.

Prenant leur divinité en aversion, et fermant les yeux pour incapacité à voir leur réalité, je fus interné dans cet asile d’aliénation mentale

Et là, dans l’Asile, Bien que fermant les yeux, je suis terrassé par l’écriture baveuse de la relique antique.

Et voilà que j’entends un médecin, curateur d’aliénation entrer :

« Voilà un cas pathologique bien étrange, bien particulier en même temps que commun à tant de visiteurs d’un musée colonial où ils assurent avoir été initiés au secret de la réalité des choses par un professeur, fakir, orientaliste occidental.

A partir de leur visite, ils sont subjugués. Ils n’ont plus ni volonté propre, ni perception propre, ni culture propre. L’esprit du fakir subjugueur les possède et habite. Sa pensée devient leur, sa culture, mode de vie, aspirations et réalité de même

Dès lors, leurs paupières se closent sur la conviction inébranlable qu’ils ont vu le véritable visage du passé et que c’est une entité nuisant, capable de les priver de leur « clairvoyance ». Tout ce qui émane du fakir devient pour eux perfection. Ils se prennent tellement en aversion que tout ce qui renvoie à leur identité est archaïsme et décadence. Pour garder un semblant d’eux-mêmes, ils vantent leur patrimoine, comme si leur culture et leur identité ne sont plus bons qu’à être affiché en reliques historiques, et n’ont plus rien à offrir à ce monde moderne ou, comme ils sont friands de néologisme, postmoderne.

Le fakir paré en professeur leur fait croire qu’Allah est une divinité du mal, si ce n’est une chimère, que ses adorateurs sont des pygmées barbares anachronique, venus d’un passé décadent.

Le fakir les persuade par se pensée magnétique et ses yeux hypnotiseurs qu’il est l’exemple à suivre, le salut recherché.

Une fois convaincu, ils entrent dans cet asile de l’aliénation et des lors ils sont convaincus que s’ils ouvrent les yeux, la bave de la divinité du mal, comme ils conçoivent leur créateur, les noiera et consumera.

Mon ricanement n’était audible que de moi-même :

– Non… non jamais au grand jamais, je ne me laisserai pas prendre au piège. Plutôt l’aveuglement que la bave dégoulinante des pygmées et de leur Roi. Si je me mets à y croire, toute ma grandeur, toute ma superbe, tout mon monde culturel tomberont à l’eau !

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