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?Pour quelles raisons les coopératives sont-elles si importantes pour l’OIT

Youssef Alaoui Solaimani

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Pour quelles raisons les coopératives sont-elles si importantes pour l’OIT ?

Youssef Alaoui Solaimani

L’Organisation Internationale du Travail[1] OIT s’intéresse de très près aux coopératives, depuis 1920. Ceci pour deux raisons essentielles : la première raison est historique, et la seconde idéologique.

La raison historique

Le service des coopératives qui est désigné par la dénomination Unité COOP[2], et étendu à la promotion de l’économie sociale et solidaire. Il est devenu au fil des années Unité de la coopération, de l’économie sociale et solidaire (COOP/SSE). Cette Unité a été créée en mars 1920, et fut le premier service de coopération technique de l’OIT, une agence spécialisée des Nations Unies[3]. L’OIT a été fondée en avril 1919 par le Traité de Versailles[4], avec l’idée qu’une paix universelle et durable ne peut reposer que sur la justice sociale. Son siège social se trouve à Genève, en Suisse, au n° 4 route des Morillons.

La coopérative est la seule entreprise qui figure dans la Constitution de l’OIT[5], dans son article 12 : Relations avec les organisations internationales, et dans son alinéa 3 : « L’Organisation internationale du Travail pourra prendre toutes dispositions utiles pour consulter, selon qu’il lui paraîtra désirable, des organisations internationales non gouvernementales reconnues, y compris des organisations internationales d’employeurs, de travailleurs, d’agriculteurs et de coopérateurs [membres de coopératives]. »

L’OIT est la seule agence spécialisée des Nations Unies à être dotée d’une structure tripartite, grâce à laquelle les représentants 1) des gouvernements; 2) des organisations d’employeurs et; 3) de travailleurs, se réunissent pour élaborer ensemble ses politiques et ses programmes. L’OIT fait donc référence, dans ledit article, à la consultation des organisations regroupant des coopératives et défendant leurs intérêts, au même titre que les autres protagonistes.

L’attention portée à la coopérative vient d’un français, qui fut le premier directeur général de l’OIT, de 1919 à 1932. Albert Thomas était en même temps membre du Conseil d’administration de l’Alliance Coopérative Internationale ACI[6]. Il a réussi à imposer la coopérative dans la Constitution de l’OIT, une entreprise qui produit des biens, des services et de la connaissance, et qui fait valoir en même temps le mérite de l’humain, le travail étant au centre de ses préoccupations. L’Unité COOP a gardé sa dénomination depuis 1920, en l’élargissant tout de même aux autres composantes de  l’économie sociale et solidaire ESS.

Albert Thomas (1878 – 1932) est agrégé d’histoire, en 1902. Un titre qui lui vaut une bourse de séjour en Allemagne pour étudier le syndicalisme germanique. Deux ans plus tard, Jean Jaurès[7] le charge de la rubrique syndicale lors de la fondation du journal L’Humanité. Après cette expérience, Albert Thomas se range au côté des syndicalistes réformistes avec lesquels il fonda la Revue syndicaliste. Et assura, entre 1906 et 1928, la direction de la Revue socialiste après sa fusion avec la Revue syndicaliste et coopérative.

Ministre de l’armement en 1916, il publiera au cours de cette période de nombreux rapports et propositions de lois, notamment sur l’utilisation de la main d’œuvre féminine et la réglementation des différends du travail. Il quittera le gouvernement en septembre 1917 et reprendra sa place dans l’action parlementaire. En 1919, réélu député au siège qu’occupait jusqu’à sa mort Jean Jaurès, il est élu directeur général de l’OIT, par son Conseil d’administration, poste qu’il occupera jusqu’à sa mort, le 7 mai 1932.

La coopérative a toujours prôné la responsabilité sociale de l’entreprise, bien avant que la prise de conscience des économistes ne touchera l’ESS, une prise de conscience qui a mûri avec le temps, avec les crises économiques, sociales et financières, et avec l’expérience du terrain.

La raison idéologique

En réalité, l’OIT prône toutes les formes d’entreprises, et tente de favoriser le concept de travail décent, et de l’appuyer. « Le travail décent est un travail productif qui assure un revenu équitable, des droits, une protection sociale et soutient une croissance économique durable. Il est source de dignité et le fondement de la paix, de la justice sociale, d’une plus grande égalité et est au cœur de l’Agenda 2030 de l’ONU. »[8] L’OIT promeut le travail décent, et reconnait aux travailleurs le droit de se constituer en syndicats, et de bénéficier de la protection sociale.

Quand l’OIT promeut les entreprises, elle considère qu’elles devraient être, toutes, des entreprises responsables. C’est-à-dire ayant une responsabilité sociale. Ce principe fait déjà partie intégrante de la philosophie de l’entreprise coopérative, qui se détache du lot des autres types d’entreprises. La responsabilité sociale est une de ses qualités intrinsèques, inscrite dans l’identité coopérative, comprenant une définition, des valeurs et des principes coopératifs.

L’OIT est séduite par la coopérative car elle trouve dans cette forme d’entreprise les idéaux entrepreneuriaux qu’elle défend et encourage: le travail avant le capital et l’homme avant l’argent. L’homme est au centre des préoccupations de l’OIT, qu’il soit travailleur ou coopérateur. C’est pourquoi l’OIT aborde la question coopérative avec déférence, et le fait avec un réalisme de bon aloi. D’ailleurs le coopérateur est à la fois employeur, puisque la coopérative lui appartient; et travailleur car il bénéficie des services de sa propre coopérative. Le coopérateur possède cette double qualité, de propriétaire de sa coopérative et d’usager de ses services, en même temps.

Dans la coopérative, le pouvoir est démocratique, et la gestion est participative, sa dimension est collective. En Allemagne par exemple, il y a 7.319 coopératives, qui emploient 943.579 salariés et totalisent 22.539.000 de membres[9]; et au Maroc il y a 65.315 coopératives, qui totalisent 788.969 membres,[10] et pas de nombre de salariés fiable connu.


[1] Organisation des NU se consacrant à la promotion de la justice sociale et des droits de l’homme et du travail internationalement reconnus. L’OIT dispose d’un bureau des coopératives depuis 1920, une année seulement après sa création.

[2] About the ILO’s Cooperative, Social and Solidarity Economy Unit, ilo.org

[3] L’Organisation des Nations Unies est une organisation internationale fondée en 1945. Aujourd’hui, elle compte 193 États Membres. La mission et le travail des Nations Unies sont guidés par les objectifs et principes énoncés par sa Charte fondatrice.

[4] Accord de paix signé le 28 juin 1919 dans la galerie des Glaces du château de Versailles, en France. Il a mis officiellement fin à la Première Guerre mondiale entre l’Allemagne et les puissances alliées.

[5] NORMLEX Information System on International Labour Standards. Constitution de l’OIT, normlex.ilo.org

[6] Organisation internationale, Fédération coopérative, la voix du mouvement coopératif auprès de l’ONU. Créée le 19 août 1895 après un congrès coopératif à Londres, en Grande-Bretagne, pour promouvoir le modèle coopératif à travers le monde.

[7] Homme politique français (1859 – 1914), professeur et journaliste aussi. Assassiné à Paris le 31 juillet 1914.

[8] ilo.org

[9] https://coops4dev.coop/fr/4deveurope/allemagne  données 2017.

[10] https://www.odco.gov.ma/statistiques/ données publiées par l’ODCO sans indication de l’année de référence.

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