” ! Série« Une Religion »(1): “Les mots «Judaïsme» et «Christianisme» n’existent pas dans la Bible
مصطفى شقرون
Série« Une Religion »(1):
“Les mots «Judaïsme» et «Christianisme» n’existent pas dans la Bible !”
Écrit par : Mostafa Chakroun
Mon ami est un rabbin juif sépharade qui parle plusieurs langues, dont l’hébreu ancien, l’araméen, l’arabe, et quelques langues européennes.. il est aussi spécialisé dans le déchiffrement des manuscrits des anciennes écritures bibliques..
Pour moi, cette rencontre était très importante car la plupart des prêtres, pasteurs et rabbins européens, américains et africains- du moins ceux que j’ai rencontrés – ne maîtrisent pas les langues de l’Ancien et du Nouveau Testaments (la «Torah» actuelle, les autres livres du «Tanak», les quatre Evangiles actuels et les lettres qui leur sont annexées), y compris le Grecque.
Je cherchais un regard externe.. à mes recherches et convictions..
Un jour je lui ai demandé :
– “D’où vient le mot « judaïsme » ?”
– Il a dit: “Judaïsme veut dire “Yehudiyeh” (en hébreu moderne) de Juda (יהודה).. la « Tribu de Juda ».. et le “Royaume de Juda” [1]..”
– Je lui ai alors demandé : “mais d’où vient le nom «Juda » ?”
– Il a dit: de « Juda » (יהודה) le fils de « Jacob », fils d’« Isaac » [2]
Puis je lui ai dit :
– “Quelle était alors la religion d'”Isaac” ? ”
Il a répondu -immédiatement et intuitivement- :
– “Il était juif, bien sûr !”
Je lui ai alors répondu :
– “Ce n’est pas possible ! Son petit-fils «Juda», qui est l’ancêtre éponyme du mot «judaïsme» (qui a donné son nom au judaïsme d’après le rabbin et les encyclopédies bibliques et judaïques [5]), ne naîtra que des décennies plus tard”
Le Rabbin -vif d’esprit- ne s’attendant pas à ma dernière question.. se tut pour un moment.. puis rétorqua:
– “Nous appelons ces premiers patriarches “Bnei Noah” (בני נח).. [Les fils de Noé] [3]
– Je lui ai alors demandé : “nous avons alors “quatre religions” monothéistes [4].. et non “trois religions”… comme on nous a inculqué !! et comme on ne cesse de répéter lors des dialogues interreligieux
– Il m’a dit : “oui.. si tu veux.. ”
– J’ai dit : “Non, je ne suis pas un ‘homme de religion’.. J’apprends de vous.. Je veux que vous m’expliquiez.. vous.. si j’ai bien compris : nous avons les «Bnei Noah», le «Judaïsme », le «Christianisme » et l’«Islam».. ca fait quatre (4) n’est-ce pas?”
Le Rabbin resta silencieux pour un long moment.. Puis il me dit :
– “Oui.. ”
Je lui ai demandé sur le coup :
– “Il y a toujours un problème.. On ne s’arrêtera pas au chiffre quatre (4) avec cette logique.. »
– “Comment ça ? ”
-“Avant Noé, il y avait « Énoch » et bien d’autres prophètes.. Alors quel était le nom de la religion d’ « Enoch » et celle d’ “Adam ” et des autres messagers et croyant avant Noé… il ne peuvent pas être des « enfants de Noé ».. des (Bnei Noah) puisque «Noah» naitra des siècles après ?”
Le Rabbin se tut, puis me regarda et dit :
– “Tu veux dire qu’ils étaient musulmans..? ”
– “Non.. pas du tout! Je veux que vous me disiez.. vous.. vous savez mieux que moi.. Vous êtes Rabbin.. moi, je suis un financier tout simplement.. Je veux juste savoir quelle était leur religion ? Rien d’autre ! ”
Le Rabbin a attendu un moment puis il m’a confié -amicalement- :
– “Je n’ai jamais rencontré un musulman comme toi!”
Puis il a commencé a parler d’autres choses !
Il s’est arrêté : parce que la réponse finale.. la suite logique.. aurait aboli sa ferme conviction que «sa» “religion” juive est plus ancienne que l’Islam…!
Ceci dit, je retiens de sa réponse, ou plutôt de sa non-réponse, une chose : la logique que j’ai adoptée pour montrer que l’Islam -la soumission volontaire à Dieu- est la religion de tous les prophètes, était correcte..
. « Juda » + « isme » = « Judaisme »
. « Christ » + « isme » = « Christianisme »
Mais ceci ne peut s’appliquer à Mohammed, le dernier Prophète de l’Islam.. en effet :
. « Mohammad » + « ism » ne donne pas « Islam »
Après des années de recherches, j’ai découvert que :
1- le mot “judaïsme” ne se trouve pas dans la Torah !
2- le mot “judaïsme” n’existe même pas dans l’ancien hébreu !
3- le mot « Juif » dans la Bible renvoit à une « lignée », une “généalogie”, une « nationalité », à « des habitants de la Judée »..de la tribu de Juda ou du royaume de « Juda » .. rien d’autre..
L’ « Encyclopaedia Judaïca » définit Le mot « juif » comme étant « attribué à l’hébreu Yehudi, un terme qui s’appliquait à l’origine aux membres de la tribu de Juda, le quatrième fils du patriarche, Jacob. ». [5]
4- même si on adopte la généalogie pour faire hériter la prophétie (alors que la généalogie n’est pas une condition pour recevoir la révélation divine).. « Juda » -auquel on se réfère- n’est pas un messager de Dieu..
5- « Juda » est le frère du prophète «Joseph » : les descendants de « Joseph » ne peuvent être qualifiés de « juifs » ni la descendance de ses 10 autres frères ! [6]
6- Le mot «Chrétiens » (en non pas « christianisme ») a été inventé entre 40 et 60 ans après Jésus ! non pas pour désigner une religions mais pour qualifier -péjorativement- ceux qui suivaient le Christ et ne reconnaissaient pas la divinité de l’empereur de Rome :
Il figure pour la première fois dans les Actes des Apôtres [7] qui se termine avec la première venue de Paul à Rome, en l’an 60 après Jesus.. et dont la rédaction daterait entre 80 et 90 après Jésus [8].
7- Même Marie –vénérée par les Chrétiens- ne peut être qualifiée de « chrétienne », ce mot n’existant pas de son vivant !
Ce qui est désolant, c’est qu’un certain nombre de prédicateurs et érudits musulmans… appellent ces croyances et nationalités… “religions”… et leur donnent ensuite la légitimité de la révélation en les décrivant comme « célestes ».. « Monothéistes » (mot inventé par Henry Moore en 1660)… et « abrahamiques » (mot inventé par Louis Massignon en 1949)..
8- Même dans le Coran, ces deux mots n’existent pas comme tels ou comme appellations de “religions”: seuls l’appellation de groupements humains (“juifs”, ‘judaïsés”, “enfants d’Israel” et “Nazaréens”) est mentionnée
Des années après.. en lisant le Saint Coran un soir.. j’ai retrouvé la logique chronologique que j’ai employée en discutant avec mon ami Rabbin..
Alors que les « juifs » et les «Chrétiens » de Médine se réclamaient d’Abraham, La réponse divine était claire et simple comme toute vérité : on ne peut pas appliquer à Abraham (entre 2000 et 1300 avant JC) des noms qui ont été inventés bien “après” lui et bien après la Torah (600-500 avant JC [11]) et les Evangiles (70 après JC au moins [12]):
« 65 Ô gens du Livre, pourquoi disputez-vous au sujet d’Ibrahim (Abraham), alors que la Thora et l’Évangile ne sont descendus qu’après lui ? Ne raisonnez-vous donc pas ?
66 Vous avez bel et bien disputé à propos d’une chose dont vous avez connaissance. Mais pourquoi disputez-vous des choses dont vous n’avez pas connaissance ? Or Allah sait, tandis que vous ne savez pas.
67 Ibrahim (Abraham) n’était ni Juif ni Chrétien. Il était entièrement soumis à Allah (Musulman). Et il n’était point du nombre des Associateurs.
68 Certes les hommes les plus dignes de se réclamer d’Ibrahim (Abraham), sont ceux qui l’ont suivi, ainsi que ce Prophète-ci, et ceux qui ont la foi. Et Allah est l’allié des croyants. » (Coran – Sourate « Al Imrane »)
Notee au verset 65 : “qu’après lui”..
Louanges à Allah (“ALaH” dans la Bible = “אלה” (ALaH) et “ܐܠܗ” (ALaH)), Seigneur des mondes..[10].
Que la priere et le salut soient sur tous ses Prophètes qui se sont volontairement soumis à Lui..

[1] Signifiant le Royaume de Juda – “Malkut Yehuda” dont le centre était la tribu de Juda – Judaea -. Royaume qui aurait été basé l’est et au sud de la Palestine sans preuves scientifiques, documentaires ou archéologiques..
[2] Important : Notez que le nom du fils de Jacob «Juda», la tribu «Juda» et le royaume de «Juda» sont tous écrits sous la même forme en hebreu, puisque provenant d’une même origine : ( יהודה)
[3] Je me souviens -sans vraiment comprendre- qu’il a prononcé la lettre “Het ח” en utilisanat le son “kh” ou “خ” au lieu du son “ح”.. bien qu’il soit ‘Safardi’… Il sait que le ‘het’ hebreu est l’équivalent du “ح” arabe..
[4] Ces classifications imprécises et non révélées sont de surcroit très récentes : le mot « Monothéistes » a été inventé par le philosophe Henry Moore en 1660… et l’adjectif « abrahamiques » a été inventé par un agent des renseignements de l’armée coloniale française Louis Massignon en 1949)..
[5] « Encyclopaedia Judaica », Thomson-Gale, USA, 2e édition, MACMILLAN REFERENCE USA en association avec KETER PUBLISHING HOUSE LtD., JERUSALEM – volume 11 – page 253 : « JEW (Heb. יְהוִּדי , Yehudi). Semantics : The word “Jew” passed into the English language from the Greek (Ioudaios) by way of the Latin (Judaeus), and is found in early English (from about the year 1000) in a variety of forms: Iudea, Gyu, Giu, Iuu, Iuw, Iew which developed into “Jew.” The word “Jew,” therefore, is ultimately traced to the Hebrew Yehudi, a term which originally applied to members of the tribe of Judah, the fourth son of the patriarch, Jacob. »
[6] Les « Samaritains » de « Naplouse » en « Palestine » se proclament être de la descendance de Joseph et partant les vrais fils d’Israël. Ils refusent –par conséquent- d’être qualifiés de «juifs»
[7] Actes des Apôtres (11:26) : «.. et ce fut à Antioche que pour la première fois les disciples furent nommés chrétiens ». On trouve le mot « chrétien » dans Acts 26:28, le roi Hérode Agrippa II répondant à l’apôtre Paul : « Tu me persuades presque d’être chrétien. » La troisième et dernière référence à ce mot est dans 1 Pierre 4:16 : « Mais si c’est comme « chrétien » qu’il souffre, qu’il n’en éprouve aucune honte ; qu’il fasse, au contraire, honneur à Dieu en se montrant digne de ce nom. »
[8] Daniel Marguerat, « Gli Atti degli Apostoli (1-12)», p. 22-23 : « La datazione di Atti nonprecede quella del vangelo, il quale non può esser. e collocato prima del 70, poiché Lc 21,20 allude chiaramente alla distruzione di Gerusalemme reinterpretando Mc 13,14.. » [notre traduction* : La datation des Actes ne précède pas celle de l’évangile, qui ne peut être placé avant 70, puisque Luc 21-20 fait clairement allusion à la destruction de Jérusalem en réinterprétant Mc 13-14 (même note en Luc 19, 43-44 et 21-24)] [*nous n’avons pas eu accès a la version française[Les Actes des apôtres (1-12)]
[9] “Tanak” ou “Tanakh” est l’acronyme formé à partir de l’initiale du titre des trois parties constitutives de la Bible hébraïque : la “Torah” (la Loi ou Pentateuque), les “Nevi’im” (les Prophètes) et les “Ketouvim” (les Autres Écrits ou Hagiographes).
[10] la lettre “Alef” équivalent du “A” s’écrit “א” en hébreu et ” ܐ” en araméen.
La lettre “Lamed” équivalent du “L” s’écrit “ל” en hébreu et “ܠ” en araméen.
La lettre “Hé” équivalent du “H” (comme dans “home” en anglais) s’écrit “ה” en hébreu et “ܗ” en araméen
[11] Les dates de rédaction des textes de la Bible hébraïque sont parfois difficiles à établir, et certaines datations font l’objet de débats entre les spécialistes. La majorité d’entre eux s’accordent toutefois pour situer son écriture entre les 8e et 2e siècle av. J.-C.
Le plus ancien objet sur lequel on retrouve un texte biblique est l’amulette de Ketef Hinnom, datée vers 600 av. J.-C.
Le plus ancien manuscrit de la Bible hébraïque retrouvé à ce jour est probablement le fragment d’un rouleau des livres de Samuel, datant du milieu ou de la fin du 3e siècle av. J.-C., et trouvé à Qumrân
le plus ancien manuscrit complet du texte massorétique, qui sert de base aux éditions des Bibles modernes, est le Codex Leningradensis, datant du 11e siècle après JC.
[12] L’Évangile de Marc, le plus ancien, écrit vers 70, correspondrait à la prédication de Pierre à Rome. L’Évangile de Luc, écrit vers 80-90, s’adresserait à des chrétiens venus du paganisme, tandis que celui de Matthieu écrit dans ces mêmes années 80-90 s’adresserait à des chrétiens venus du judaïsme. Quant à l’Évangile de Jean, plus marqué par la pensée grecque, il aurait été écrit dans les années proches de l’an 100, certains donnant une date plus tardive encore pour le prologue. (Jean-Urbain COMBY, « RÉDACTION DES QUATRE ÉVANGILES », Encyclopædia Universalis [en ligne]).
Le plus ancien texte du Nouveau Testament retrouvé à ce jour est le papyrus P52 de la bibliothèque Rylands, contenant un fragment de l’Évangile selon Jean, qui date de la première moitié du 2e siècle. Les plus anciennes versions relativement complètes des écrits vétérotestamentaires rédigés en grec qui nous sont parvenues sont deux copies de la Septante datées du 4e siècle : le Codex Sinaiticus et le Codex Vaticanus. Depuis qu’une partie du Codex d’Alep a été perdue en 1947.