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Soixante mille coopératives et pas un seul institut coopératif ?

Youssef Alaoui Solaimani

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Soixante mille coopératives et pas un seul institut coopératif ?

Youssef Alaoui Solaimani

Soixante mille coopératives[1] et pas un seul institut coopératif national ? L’effectif est pourtant jugé auguste et digne de respect par la présidente du conseil d’administration de l’Office de développement de la coopération ODCO[2], et ministre de l’économie sociale et solidaire, qui en tire une confiance aveugle, loin d’être construite. Il n’y a pas un seul institut coopératif au Maroc préparant aux cursus coopératifs, pas une seule école dédiée exclusivement à l’économie coopérative et aux entreprises coopératives. Par ailleurs l’économie conventionnelle et les sociétés commerciales disposent quant à elles d’un vaste réseau de facultés, d’instituts et d’écoles de commerce, privées et publiques, dont douze Écoles nationales de commerce et de gestion ENCG. Et l’économie publique et les  établissements et entreprises publics, au nombre de deux cent soixante-sept, ont leur célèbre École nationale supérieure d’administration ENSA. Souillon est paria mais pas Javotte et Anastasia.

Pourquoi le football et pas la coopérative ?

Le football, parlons-en un peu, beaucoup, passionnément, a bien ses académies que la coopérative ne connait pas. Le football a ses raisons puisqu’il se prépare pour la Coupe du Monde de la FIFA 2030. Avec des stades riches en trésors dignes des Mille et Une Nuit. Louable entreprise et louables intentions. Mais la coopérative des dix-sept objectifs de développement durable ODD de l’ONU 2030[3] devrait somme toute avoir ses propres instituts et collèges coopératifs, tels ceux du Bénin, du Kenya, du Nigeria ou de la Tanzanie. Le ballon rond du lendemain se dote des moyens de vaincre, et cueille des lauriers pour s’encenser les uns les autres, tandis que la coopérative en restait privée, faisant le dos rond en attendant des jours meilleurs. Sportivement comment pourra-t-elle accomplir les dix-sept travaux d’Hercule, devenus les siens? Alors que le quatrième d’entre eux : Éducation de qualité vise à garantir l’accès à l’éducation pour tous et toutes, et que la coopérative censée relever ce défi et bien d’autres encore demeure elle-même mendiante fière, mais affamée d’éducation et d’instruction? L’Hydre de Lerne pouffe à pleines têtes pendant que l’Agenda toque au carreau: le développement durable produit l’illusion d’une nappe d’eau s’étendant à l’horizon 2030 et reflétant la végétation et les dunes environnantes. Des mirages sahariens, dix-sept au total, voire plus. Le médecin a bien son université, le chirurgien, l’avocat, l’adel et son stagiaire, l’enseignant et le professeur; l’architecte son école, l’ingénieur, le juge, le notaire et son clerc, l’imam, le faqĩh, le comptable, l’artisan, l’artiste, le comédien, l’acteur, le clown et la danseuse du ventre…Et l’entrepreneurship coopératif rien du tout. Oh! Que nenni, la coopérative n’a pas besoin d’école, disent ses bienfaiteurs geôliers.

Quand on a les ODD de l’ONU 2030 en vue et un statut économique et social à tenir, on ne doit même pas donner prise au soupçon. Et quand il y’a la volonté politique et le matériel de briller parmi les grands, les barrières sautent d’elles-mêmes, la Coupe du monde 2022 et la Coupe d’Afrique des nations 2025 l’ont confirmé.

Aspirine UPSA 500 mg

Initiée à l’optimisme béat, elle aussi, la directrice générale de l’ODCO témoigne de la satisfaction quand elle déclare que : « Le Maroc s’est imposé comme un leader dans le secteur coopératif africain [sauf en matière d’instituts coopératifs], avec des initiatives qui priorisent l’autonomisation économique, l’inclusion sociale et la durabilité, alignant ses stratégies coopératives sur les [17] Objectifs de Développement Durable (ODD) des Nations Unies. Par le biais de l’ODCO, le Maroc offre aux coopératives des formations, une assistance juridique et l’accès à des programmes de développement »[4]. La Cour des comptes, lors d’un contrôle de cette entreprise publique, a constaté et consigné le contraire dans son rapport de 2014[5], et l’équipe médicale au chevet de la coopérative s’étonne que l’ODCO avec ses 121 salariés[6]  puisse former les 778.000 membres[7]  des 63.445 coopératives[8]: si l’on considère qu’ils sont tous formateurs, cela donne en moyenne 6.430 apprenants par éducateur, soit l’équivalent de l’effectif d’étudiants de quatre ENCG réunies. « L’ODCO, à travers sa directrice générale, nous prend pour des idiots. La loi 112.12 relative aux coopératives est l’unique texte dont il dispose. Elle lui sert de guide du formateur, mis entre les mains de ses cadres, un tel outil demeure insuffisant, c’est de l’aspirine UPSA 500 mg. Ses employés manquent par conséquent de compétences en entrepreneurship coopératif, multidimensionnel, et en andragogie, réunis, l’autorité didactique faisant défaut. Comment oser promettre la lune et 17 étoiles en prime?» certifie le clinicien en consignant ses remarques dans un malheureux carnet de santé en haillons, tâché de mensonges, avec signature date et cachet, d’un geste ferme et armé de maintien de la santé de sa patiente. La Cour des comptes et le chirurgien sont en phase. La presse aussi. Le Matin a d’ailleurs titré son article du 4 avril 2016: « Développement des coopératives: à quoi sert encore l’ODCO ?». Il est impensable de gagner le pari du développement durable la fleur au fusil, le décalage entre le dire et le faire étant flagrant. Le mouvement coopératif marocain souffre rudement de l’absence d’éducateurs, de formateurs, de mentors, qui connaissent la musique coopérative, formés en cinq ans minimum, dans des conservatoires nationaux dédiées à Cendrillon, à l’image de ceux historiques de Javotte et d’Anastasia. Quel désordre? La maison instruit telle entreprise à l’exclusion de telle autre ?

Dégâts causés par le vent régnant

Comme il n’existe point d’instituts ou écoles dédiées aux coopératives, celles-ci acculées se tournent vers les universités d’économie et de gestion, et vers les écoles de commerce, pour recruter des talents. Seulement, leurs programmes sont tous axés sur le système capitaliste, et sur son fleuron : la société commerciale, trônant à la caisse, derrière le comptoir, traînant dividende et capital. La coopérative panurgera tête baissée, le visage pâle. Les destinées sont différentes, et les objectifs diamétralement opposés, les valeurs aussi, la gouvernance, la gestion, la législation, la comptabilité, le public, la vision, la philosophie, l’histoire, la culture, la doctrine économique, le secteur également, tout. La coopérative est aux antipodes de la société commerciale. Souillon n’est pas Javotte. La pression à laquelle est soumise la coopérative l’oblige à se conformer malgré elle aux instruments de gouvernance de la société commerciale. Martyres désignées de la route, les coopératives sont dirigées sans permis de conduire ni carte grise, mais avec le GPS de la société commerciale, recevant des signaux de sa charte de malheurs, du profit, du marché, et du duel d’artillerie. Une liaison dangereuse. Certaines coopératives s’orientent vers un autre bassin d’emploi, la progéniture de leurs conseils d’administration. Le but, élire le lien paternel, ombilical, et l’ériger en parchemin, pour nommer à vie les autodidactes du président, aux postes d’adjoint, de directeur, de comptable, de caissier, de trésorier, et de rapporteur, à des revenus mirobolants plus primes, de début et de fin d’année, aussi bien solaire que lunaire, aux frais de la princesse, qui casque, qui crache du sang. Le prince consort brode ainsi son blason, fixe son fauteuil au sol, son canapé lit, sa résidence à demeure, butine et marque son territoire géographique, entretient son arbre généalogique. Le clan, rentier viager est à l’abri sous le parasol des droits propres aux seigneurs. Le colis piégé est toujours sous la voiture. Le respect des panneaux de danger, d’interdiction, de direction et de gouvernance demeurant par conséquent une torture. La coopérative au Maroc se laisse facilement charmer par la société commerciale et par l’entreprise publique, Kaa I et Kaa II du Livre de la jungle, et par leur chanson : « Aie confiance ». Leur force résidant dans leur étreinte. L’ODCO est une entreprise publique.

On notera cependant pour l’anecdote, pour détendre l’atmosphère et créer un climat de confiance, que le FC Barcelone est une coopérative. Les supporters sont ses propriétaires. Et le célèbre club de football brille sur les deux terrains, en même temps.

Faux titres et vrais billets

Le Bulletin Officiel BO numéro 7470 publié le 1er janvier 2026, consacre un article de quarante pages intitulé: Annonces et communiqués, à une « étude du Conseil économique social et environnemental sur la contribution de la recherche scientifique à l’innovation, au développement et au renforcement de la compétitivité de l’économie nationale [l’économie coopérative en fait partie intégrante] – Urgence d’élaborer une stratégie nationale coordonnée et intégrée». À quoi bon? Les doctorats blancs étant sur les marchés noirs.[9] C’est d’un air complice donc que le bassin d’emploi sourit à l’élite aux faux titres et aux vrais billets, à l’image de celui d’une danseuse du ventre. Il gesticule en guise de remerciement à l’endroit d’un public fidèle niais et prodigue. Paul Verlaine s’en mêle merveilleusement de près en  pro, Odes en son honneur VI tombent bien à propos, elles le célèbrent comme il faut : «Dresser une belle ode Au glorieux bassin »[10].

Sans instituts coopératifs, et sans écoles, point de développement du secteur coopératif. Sans instruction, et sans innovation, point de développement du secteur coopératif, et point de développement de l’économie sociale et solidaire.

Éducation et instruction – Victor Hugo

Les parents donnent l’éducation.

L’état doit l’instruction.

L’enfant veut être élevé par la famille

et instruit par la patrie.

Le père donne à l’enfant

sa foi ou sa philosophie;

l’état donne à l’enfant

l’enseignement positif [coopératif].

Plus tard, dans l’homme fait,

ces deux lumières se complètent

l’une par l’autre.


[1] « Le nombre de coopératives a atteint 60.000 en 2023, dont 7730 entièrement féminines, selon Fatim-Zahra Ammor» Telquel, 26 juillet 2024.

[2] Une entreprise publique, placée sous la tutelle du Ministère du Tourisme, de l’Artisanat et de l’Économie sociale et solidaire, établie en avril 1975, a pour mission de promouvoir le secteur coopératif national à travers des dispositifs d’appui, de formation, d’information et d’assistance juridique. Cependant, les coopératives financières, et les coopératives de la réforme agraire, par exemple, ne relèvent pas de son ressort.

[3] Programme de développement durable de l’ONU, 2015-2030, comprenant 17 objectifs. Les Nations Unies reconnaissent continuellement la capacité des coopératives à relever ces 17 défis, encore récemment lors de l’année internationale des coopératives célébrée en 2025.

[4] Conférence mondiale des coopératives 2024, organisée par l’Alliance coopérative internationale ACI, 25-30 novembre 2024. New Delhi, Inde. odco. org.ma

[5] Le Rapport annuel de la Cour des comptes au titre de l’année 2014 (Fr), p 36. courdescomptes.ma

[6] Idem (Ar), p 180.

[7] « 63.445 coopératives et plus de 778.000 adhérents… les ambitions de l’économie sociale et solidaire exposées par le chef du gouvernement » Aujourd’hui le Maroc, 20 janvier 2026. Mohamed Badrane.

[8] Idem

[9] « Faux diplômes à Agadir : plongée dans un nouveau scandale universitaire », Telquel, 21 mai 2025, Ghita Ismaili.

[10] « Œuvres complètes, Paul Verlaine » Tome II, 3ème édition,  p 416. Éditeur Pierre Vanier, Paris 1905.

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