…..De deux morts l’une
De deux morts l’une…/ Youssef Alaoui Solaimani
De deux morts l’une…
Youssef Alaoui Solaimani
L’heure est grave. Très grave. À son chevet, le Coran est assigné à résidence, fait partie du décor, un chapelet de marbre aussi, une compresse humide, languide, mais lucide. Un verre d’eau à moitié vide, échanson triste comme la mort, insipide, tout comme la profession de foi, trépident, y dissoudre les désirs ultimes avec la bave qui s’en mêle se nomme concupiscence de la vie, c’est plutôt rude. L’âme insatiable passe un mauvais quart d’heure, s’accroche au bas-monde vite court trop rapide, s’accroche à la vie ici-bas, et ignore la dernière, l’éternelle. Son virage est négocié soit en inquiétude, avide et repoussée ; ou en béatitude, satisfaite et agréée. Foutaise ! Elle l’élude. Devant ce qui l’attend demeure stupide, surestime l’ultime gouttelette qui lui reste, de douleur livide, pendant ce temps l’ange consulte son agenda placide. De la vie on n’en sort jamais vivant dit Miss Certitude, celle qu’on ne peut corriger de sa promptitude. Pour certains Miss Immonde, pour d’autres Miss Plénitude.
Après l’ablution mortuaire et sa prière Sir Aime-ses-tiers n’est pas à un défunt près, étend sa sollicitude. C’est avec fermeté qu’il répète sur un ton uniforme, devant qui voulait l’entendre, et rectitude : « Ton père, mort ! Ta mère, morte ! Tes grands-parents avant eux, morts ! Ton fils devant toi, mort ! Ta tante que tu aimais tant, morte ! Deux de tes oncles, morts ! Certains de tes amis, morts ! Ton tour viendra plutôt que tu ne l’imagines.» Chaque fois, ce mot de quatre minuscules petites lettres : « mort » semblait tomber comme des pelletées de terre sans pitié, lourdes, lancées par un fossoyeur qui tenait à les stabiliser plus profondément à la tombe, ne faisant que son propre travail, au pied de la lettre, au pied de chacune des quatre minuscules, et petites lettres.
Mais le croyant qui s’est rassuré quant à la promesse de Dieu n’a que faire de tout cela, car il entend ceci : « O toi, âme apaisée, retourne vers ton Seigneur, satisfaite et agréée; entre donc parmi Mes serviteurs, et entre dans Mon Paradis »[1]
[1] Sourate Al-Fajr, 27-28.