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L’avantage coopératif Dans une coopérative laitière

Youssef Alaoui Solaimani

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L’avantage coopératif

Dans une coopérative laitière

Youssef Alaoui Solaimani

Dans l’organisation mise en œuvre par une coopérative de production, en l’occurrence une coopérative laitière, le producteur est en même temps fournisseur et client de sa coopérative. Il est par définition adhérent et à tour de rôle membre de son conseil d’administration. Quatre avantages que ne connait pas l’homologue producteur livrant sa production à une société commerciale spécialisée dans les produits laitiers, filiale d’un groupe étranger. Le membre de la coopérative occupe de ce fait une place centrale dans le processus de développement de sa coopérative. Et la synergie induite de cette position – basée sur le respect des principes et valeurs coopératifs – est répercutée aussi bien sur la coopérative que sur son environnement. Comment ?

En tant que producteur

En tant que « fournisseur », le membre livre sa production de lait exclusivement à sa coopérative et bénéficie d’une série de prestations de services de la part de celle-ci. L’impact sur la qualité du lait livré est réel. Ainsi, le membre-producteur garantit une production de qualité sur une longue durée à des conditions acceptables.

Cette continuité est assurée grâce aux moyens humains et logistiques déployés par la coopérative. Ces moyens permettent notamment de :

  • s’adapter à un marché concurrentiel en constante évolution, via la coopération et la mutualité des services fournis aux membres;
  • supporter la concurrence en termes de qualité, de coûts et de prix ;
  • conserver la maîtrise de l’essentiel du cycle de production.

La coopérative permet de rémunérer son producteur entre 4 et 4,25 Dirhams, par exemple, le litre de lait cru. Ce montant donné à titre indicatif est appelé prix interne, il constitue un acompte que le coopérateur perçoit tout au long de l’année. Quant au reliquat il lui est versé sous forme de ristournes en fin d’année, après décompte, après l’arrêté des comptes, et après décision de l’assemblée générale annuelle ordinaire.

En tant que client

En tant que « client », l’adhérent s’approvisionne en aliment de bétail, en intrants agricoles, en matériel agricole, en outillage…, auprès de sa coopérative qui achète en masse, et bénéficie par conséquent des économies d’échelle induites par la force de négociation développée par la coopérative.

En tant qu’adhérent

En tant qu’adhérent, il est associé, la coopérative lui appartient et, par voie de conséquence, il dispose d’un droit de vote démocratique (1 homme = 1 voix) et les ristournes et les excédents réalisés lui reviennent puisqu’ils constituent un complément de prix. Ils sont redistribués en fonction du volume de production réalisé par lui. Il perçoit à la fin de chaque campagne agricole, en guise de reliquat, un complément du prix du litre de lait livré à sa coopérative. Ce qui peut ramener ce prix interne de 4 à 4,50 Dirhams. La fabrication de produits dérivés du lait à forte valeur ajoutée permet d’atteindre ce montant, et même de le dépasser. Le prix de vente d’un litre de lait, en sachet, pasteurisé aux supermarchés est de 6,40 Dirhams. La différence entre le prix externe (entre la coopérative et le supermarché) et le prix interne (entre la coopérative et son producteur) contribue à l’autofinancement de la coopérative.

En tant que membre du conseil d’administration

En tant que membre du conseil d’administration, le coopérateur est pleinement impliqué dans la gestion de sa coopérative. Les membres du conseil d’administration travaillent en étroite collaboration avec les cadres responsables et définissent une stratégie et des objectifs. Le conseil d’administration approuve les programmes et les plans stratégiques, puis évalue les résultats.

Si le producteur individuel de lait qui livre sa production à une société commerciale a le seul statut de fournisseur, le membre-producteur de la coopérative, lui, jouit de quatre statuts. De plus, l’isolement du premier le rend vulnérable alors que le second reste immunisé puisque attaché à la coopérative par quatre liens forts, et bénéficie de gains de productivité induits par l’intégration des filières : production, collecte, industrialisation, logistique, commercialisation. Le premier se faisant payer 3,20 Dirhams le litre de lait livré et ne profite point des effets de synergie dont peut bénéficier son homologue adhérent de la coopérative dont le prix interne total du litre de lait réceptionné peut atteindre 4,50 Dirhams de 40 % plus important.

Si  les bénéfices d’une société commerciale remontent à la société mère, les excédents réalisés par la coopérative, eux, descendent à l’adhérent, avec un impact direct sur l’environnement de la coopérative, nous l’appellerons développement local. De plus, l’actionnariat étranger fait que sa part de bénéfice quitte le pays alors que la coopération fait que le volume des excédents enrichit le monde rural, berceau des coopératives agricoles. Ce processus se trouve soutenu dans la mesure où les coopératives sont fixées dans leur environnement, ont le privilégie de ne pas délocaliser. Les entreprises basées sur le capital n’hésitent pas à délocaliser face à la compétitivité entre elles et face à l’augmentation des coûts salariaux et des matières premières. Alors que souvent la délocalisation est synonyme de transferts d’investissements, de dépendance accrue vis-à-vis de l’étranger, de pertes d’emplois et de crise sociale.

L’avantage coopératif

En conclusion, l’avantage coopératif désigne un tout indissociable et cohérent, comprenant :

  • Un avantage économique quantitatif qui se manifeste toujours par un prix interne pratiqué par la coopérative, entre ses producteurs-membres;
  • Et plusieurs avantages non monétaires qualitatifs :
  • l’engagement de la coopérative dans le développement social et économique de son milieu par le biais des ristournes sociales;
  • la permanence du travail, de l’activité, et de la qualité de vie entre adhérents dans la coopérative;
  • l’approvisionnement quasi-total qu’assure la coopérative à ses membres producteurs, en termes de matériel, d’outillage, d’animaux de reproduction, d’insémination artificielle, de salles de traite,…;
  • l’éducation, la formation, le conseil et l’encadrement que la coopérative assure à ses membres producteurs ;
  • le réseau de collecte de lait, l’organisation logistique et le circuit par lesquels le lait cru est ramassé auprès des éleveurs membres de la coopérative, puis acheminé vers les unités de transformation, qui garantit la qualité sanitaire et la fraîcheur du produit.

Cet avantage coopératif dont bénéficie le membre-producteur-usager-propriétaire via ses transactions avec la coopérative correspond en quelque sorte au versement de dividendes dont bénéficie l’actionnaire d’une société commerciale basée sur le capital. L’objectif de maximisation de l’avantage coopératif joue ainsi dans la dynamique coopérative beaucoup plus que ce que la recherche du profit joue dans la société commerciale. C’est là sa raison d’être. L’avantage coopératif est un avantage collectif et partagé tandis que le dividende est gain égoïste. L’avantage coopératif est le résultat du travail collectif et humain tandis que le dividende est le résultat du capital isolé et froid.

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