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L’ONU applaudit ses championnes

L’ONU applaudit ses championnes/ Youssef Alaoui Solaimani

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L’ONU applaudit ses championnes

Youssef Alaoui Solaimani

Toujours avec une majuscule Journée internationale des coopératives, cette Journée glorieuse demeure un moment favorable pour rappeler les coopératives à elles-mêmes. Ne soyons pas de ceux qui boudent les occasions.

Journée internationale des coopératives

Le but de la célébration annuelle, le premier samedi du mois de juillet, est d’attirer l’attention sur le rôle singulier des coopératives. Par souci de justesse intellectuelle, je dirai cela : attirer l’attention sur leur objectif singulier. L’événement exalte les contributions des coopératives à la résolution des grands problèmes soulevés par les Nations Unies, et au renforcement des partenariats stratégiques entre le mouvement coopératif international et d’autres organisations partageant les mêmes valeurs. L’ONU applaudit ses championnes.

Depuis 1995, l’Alliance Coopérative Internationale[1] ACI et l’Organisation des Nations Unies ONU définissent ensemble le thème de la célébration de la Journée internationale des coopératives, au sein du Comité pour la promotion de l’action coopérative[2] (COPAC) qui regroupe l’ACI, le Département des affaires économiques et sociales des Nations Unies (UNDESA), l’Organisation internationale du travail (OIT), l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), l’Organisation mondiale des agriculteurs (WFO), le Centre du commerce international (ITC) et l’Institut de recherche des Nations Unies pour le développement social (UNRISD).

Les coopératives au service de la paix dans le monde est le thème de cette année. L’ONU se garde de nous dire comment les coopératives font-elles pour être au service de la paix dans le monde ? Presque plébiscitée pour le Prix Nobel de la Paix par un slogan des Nations Unies empreint de gloire à son endroit, et d’une publicité flatteuse, que la réalité des coopératives du Sud dément, et des pays en guerre. Des coopératives traînent un héritage colonial lourd, et têtu, un boulet attaché à leurs pieds par une chaîne, et vivent encore aujourd’hui sous des régimes autoritaires, sécuritaires, de ségrégation raciale ou d’apartheid, qui exècrent les mouvements coopératifs et les redoutent – pour des raisons faciles à deviner – tout en faisant semblant de les soutenir, une belle hypocrisie de l’accompagnement des coopératives par des services officiels et administratifs de tutelle, établissements publics et ministères de l’Intérieur, réunis.

Sire, répond l’Agneau, que votre Majesté

Ne se mette pas en colère[3]

Pourrions-nous dire lors de la Journée internationale des femmes qu’elles sont au service de la paix dans les ménages ? Et les hommes alors, n’auraient-ils pas un rôle au moins à jouer à côté des femmes ? Et le couple, et la famille ? Et l’éducation, et l’instruction, et la culture, et les valeurs humaines,…? Pourquoi les coopératives seraient-elles, catégoriquement et sans nuances, au service de la paix dans le monde, alors qu’elles dépendent intimement de leurs membres, qui les influencent : respectueux ou pas des principes et valeurs coopératifs ? Et de leurs environnements : favorables au développement des coopératives ou pas ? Des lois qui les régissent : de qualité ou obsolètes ? Des régimes politiques sous lesquels elles évoluent : démocratiques ou autocratiques… ? La paix est une combinaison subtile de nombreux éléments. Son coût est impossible à chiffrer, et son maintien impossible à affirmer.

Dans bon nombre de pays, les mouvements coopératifs sont à l’image de gisements de diamants, au-dessus desquelles se sont logées au fil des ingérences des décharges publiques. Éboueurs, mineurs et diamantaires – venant du mouvement coopératif stricto sensu – devraient œuvrer de concert pour les sortir du marasme qui les dévore, en tout premier lieu d’abord, avant toute autre considération. Sans liberté point de coopératives saines.

Que signifie paix dans un tel contexte ? Et que signifie paix au Moyen-Orient et ailleurs ? Pour certains, c’est faire la guerre pour avoir la paix. Et pour les autres, avoir la paix c’est se mettre au garde-à-vous devant le plus fort, le saluer et le remercier. L’ONU invite désormais les coopératives à servir la paix dans le monde, et leur délèguent ses propres finalités ! La coopérative siègera-t-elle bientôt au Conseil de sécurité de l’ONU ? Il s’avère que celui-ci est impuissant, face à des vétos en série brandis en permanence, tels des cartons rouges sommant la paix de quitter le terrain. Juges arbitres, certains membres permanents s’impliquent avec véhémence dans une guerre ou deux, depuis la création de l’ONU. Fondée en 1945 par 51 pays au lendemain de la seconde guerre mondiale. L’adhésion des États-Unis à la charte de l’ONU[4], paraphée par le Secrétaire d’État américain le 26 juin 1945 n’avait pas empêché le président Harry S. Truman, ayant ratifié le traité le 8 août 1945, de donner l’ordre de larguer les bombes atomiques sur Hiroshima et Nagasaki les 6 et 9 août 1945, 40 jours après la signature censée garantir la paix dans le monde, et une ratification en guise de période de repos entre deux bombes égales. Une charte bafouée et étouffée dans l’œuf puisque l’ONU n’a été officiellement créée que le 24 octobre 1945. Les dates de ce calendrier solaire parlent d’elles-mêmes, pardon ! ce calendrier nucléaire. Comment les coopératives pourraient-elles être au service de la paix dans ce monde ci, alors que l’ONU en est incapable ? Elles seraient naturellement inquiétées dans leur liberté, elles aussi, par certaines grandes puissances, et par leurs demoiselles d’honneur, dont le monopole tient à la possession de la bombe nucléaire et par conséquent du dernier mot.

Les coopératives sont-elles au service de la paix dans le monde, ou plutôt au service de leurs membres, tout bêtement ? Viseraient-elles un autre objectif, que nous ignorions ? Les coopératives sont-elles des éponges employées pour différents usages, à cause de leur capacité d’absorption et de rejet, à la pression, des maux de ce monde ? Le thème de la Journée internationale des coopératives de cette année 2026 manque de nuances et de discernement, c’est mon humble avis. Comprendre ce pourquoi les coopératives ont-elles été créées dissipera l’obscurité. Décrypter la définition universelle de la coopérative parait primordial.

Qu’est-ce qu’une coopérative ?

Interrogeons l’ACI, le chef d’orchestre qui connait parfaitement la musique. En tant que tel, il n’est pas techniquement obligé d’avoir une partition (appelée Déclaration sur l’identité coopérative) sous les yeux pour diriger. Bien qu’il connaisse généralement l’œuvre par cœur grâce à un travail analytique en amont, mené depuis 1895, il garde la partition ouverte sur son pupitre pour des raisons de sécurité. L’orchestre symphonique (COPAC) rassemble des dizaines de musiciens répartis en six grandes familles d’instruments, tous coordonnés par l’ACI et l’ONU : UNDESA ; OIT ; FAO ; WFO ; ITC et UNRISD. Ils connaissent la musique et gardent eux aussi la partition ouverte sur leurs pupitres pour des raisons de sécurité.

En 1995, l’ACI a adopté la Déclaration sur l’identité coopérative, dans sa version révisée[5] -véritable constitution mondiale des coopératives – qui établit la définition universelle de la coopérative, les valeurs coopératives et les sept principes coopératifs. Le triptyque est décrit ci-après :

Définition : la coopérative est une association autonome de personnes volontairement réunies pour satisfaire leurs aspirations et besoins économiques, sociaux et culturels communs au moyen d’une entreprise dont la propriété est collective et où le pouvoir est exercé démocratiquement.

Valeurs coopératives : l’entraide, la responsabilité personnelle, la démocratie, l’égalité, l’équité, la solidarité ainsi qu’une éthique fondée sur l’honnêteté, la transparence, la responsabilité sociale et l’altruisme.

Principes coopératifs : Les principes coopératifs constituent les lignes directrices qui permettent aux coopératives de mettre leurs valeurs en pratique :

1) Adhésion volontaire et ouverte à tous

Les coopératives sont des organisations fondées sur le volontariat et ouvertes à toutes les personnes aptes à utiliser leurs services et déterminées à prendre leurs responsabilités en tant que membres, et ce sans discrimination fondée sur le sexe, l’origine sociale, la race, l’allégeance politique ou la religion.

2) Pouvoir démocratique exercé par les membres

Les coopératives sont des organisations démocratiques dirigées par leurs membres qui participent activement à l’établissement des politiques et à la prise de décisions. Les hommes et les femmes élus comme représentants des membres sont responsables devant eux. Dans les coopératives de premier niveau, les membres ont des droits de vote égaux (en vertu de la règle – un membre, une voix) et les coopératives d’autres niveaux sont aussi organisées de manière démocratique.

3) Participation économique des membres

Les membres contribuent de manière équitable au capital de leurs coopératives et en ont démocratiquement le contrôle. Une partie au moins de ce capital est habituellement la propriété commune de la coopérative. Les membres ne bénéficient habituellement que d’une rémunération limitée du capital souscrit comme condition de leur adhésion. Les membres affectent les excédents à tout ou partie des objectifs suivants: le développement de leur coopérative, éventuellement par la dotation de réserves dont une partie au moins est impartageable, des ristournes aux membres en proportion de leurs transactions avec la coopérative et le soutien d’autres activités approuvées par les membres.

4) Autonomie et indépendance

Les coopératives sont des organisations autonomes d’entraide, gérées par leurs membres. La conclusion d’accords avec d’autres organisations, y compris des gouvernements, ou la recherche de fonds à partir de sources extérieures, doit se faire dans des conditions qui préservent le pouvoir démocratique des membres et maintiennent l’indépendance de leur coopérative.

5)  Éducation, formation et information

Les coopératives fournissent à leurs membres, leurs dirigeants élus, leurs gestionnaires et leurs employés l’éducation et la formation requises pour pouvoir contribuer effectivement au développement de leur coopérative. Elles informent le grand public, en particulier les jeunes et les leaders d’opinion, sur la nature et les avantages de la coopération.

6) Coopération entre les coopératives

Pour apporter un meilleur service à leurs membres et renforcer le mouvement coopératif, les coopératives œuvrent ensemble au sein de structures locales, nationales, régionales et internationales.

7) Engagement envers la communauté

Les coopératives contribuent au développement durable de leur communauté dans le cadre d’orientations approuvées par leurs membres.

Il ressort de la Déclaration sur l’identité coopérative que la coopérative est une entreprise privée, autonome, et souveraine, au service de ses propriétaires-usagers, que sont ses membres, tel est son objectif,  ce pourquoi elle a été créée. Il n’existe point d’autres objectifs hormis celui-ci, décrit et protégé dans la Déclaration sur l’identité coopérative. Un slogan aussi pompeux soit-il  n’est approprié que s’il s’apparente à la noblesse coopérative.

« Les coopératives au service de la paix dans le monde » ou bien « Les coopératives construisent un monde meilleur » ou encore « Les coopératives construisent la prospérité pour tous » ou « Les coopératives s’engagent à contribuer à la réalisation des ODD » ne trouvent guère d’écho dans la Déclaration sur l’identité coopérative, ci-dessus exposée. La coopérative reste cuirassée d’une solennelle constitution, qui ne tolère ni l’immixtion dans son sein d’un corps étranger, ni la publicité mensongère. Toute ingérence dans les affaires des coopératives demeure par conséquent dangereuse et condamnable.

Le principe coopératif 2 : Pouvoir démocratique exercé par les membres dit ceci : « Les coopératives sont des organisations démocratiques dirigées par leurs membres ». Diriger veut dire guider un être ou une chose dans une certaine direction, l’orienter vers un but déterminé. Et le principe coopératif  4 : Autonomie et indépendance martèle ceci : « Les coopératives sont des organisations autonomes d’entraide, gérées par leurs membres ». Gérer veut dire gouverner, conduire et administrer. La coopérative terre de souveraineté du coopérateur.

Epilogue

À chaque célébration, nous assistons à la même rengaine, le thème choisi sonne comme un travail d’Hercule, dont la réalisation est dévolue à Hercule : États, gouvernements et organisations internationales. La coopérative n’est pas cet Hercule auquel tout le monde pense, chargé de nettoyer les écuries d’Augias. Son but n’est autre que d’être au service de ses membres, point à la ligne.

Aussi, je propose les thèmes suivants pour les trois prochaines Journées internationales des coopératives :

2027 « Les coopératives en paix avec elles-mêmes »

2028 « Ne touche pas à ma coopérative »

2029 « Fichons la paix aux coopératives »


[1] L’Alliance Coopérative Internationale est la voix des coopératives dans le monde entier. Elle a été créée en 1895 pour promouvoir le modèle coopératif. https://ica.coop/fr

[2] Un partenariat multipartite réunissant des institutions publiques et privées du monde entier, qui défend et soutient les entreprises coopératives centrées sur les personnes et autonomes, en tant qu’acteurs de premier plan du développement durable. https://www.copac.coop/

[3] Le Loup et l’Agneau, Jean de La Fontaine. Les fables de La Fontaine

[4] Entrée en vigueur le 24 octobre 1945

[5] Révision opérée lors de l’Assemblée générale du centenaire de l’ACI, en 1995 à Manchester (Royaume-Uni)

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